About: La comedie de la mort by Theophile Gautier
LA COMEDIE DE LA MORT
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LACOMEDIEDE LA MORT,
PARTHEOPHILE GAUTIER.
1838.
* * * * *
PORTAIL.
Ne trouve pas etrange, homme du monde, artiste,Qui que tu sois, de voir par un portail si tristeS'ouvrir fatalement ce volume nouveau.
Helas! tout monument qui dresse au ciel son faite,Enfonce autant les pieds qu'il eleve la tete.Avant de s'elancer tout clocher est caveau,
En bas, l'oiseau de nuit, l'ombre humide des tombes;En haut, l'or du soleil, la neige des colombes,Des cloches et des chants sur chaque soliveau;
En haut, les minarets et les rosaces freles,Ou les petits oiseaux s'enchevetrent les ailes,Les anges accoudes portant des ecussons;
L'acanthe et le lotus ouvrant sa fleur de pierreComme un lis seraphique au jardin de lumiere;En bas, l'arc surbaisse, les lourds piliers saxons;
Les chevaliers couches de leur long, les mains jointes,Le regard sur la voute et les deux pieds en pointes;L'eau qui suinte et tombe avec de sourds frissons.
Mon oeuvre est ainsi faite, et sa premiere assiseN'est qu'une dalle etroite et d'une teinte griseAvec des mots sculptes que la mousse remplit.
Dieu fasse qu'en passant sur cette pauvre pierre,Les pieds des pelerins n'effacent pas entiereCette humble inscription et ce nom qu'on y lit.
Pales ombres des morts, j'ai pour vos promenades,File patiemment la pierre en colonnades;Dans mon Campo Santo je vous ai fait un lit!
Vous avez pres de vous, pour compagnon fidele,Un ange qui vous fait un rideau de son aile,Un oreiller de marbre et des robes de plomb.
Dans le jaspe menteur de vos tombes royales,On voit s'entre baiser les soeurs theologalesAvec leur aureole et leur vetement long.
De beaux enfants tout nus, baissant leur torche eteinte,poussent autour de vous leur eternelle plainte;Un levrier sculpte vous leche le talon.
L'arabesque fantasque, apres les colonnettes,Enlace ses rameaux et suspend ses clochettesComme apres l'espalier fait une vigne en fleur.
Aux reflets des vitraux la tombe rejouie,Sous cette floraison toujours epanouie,D'un air doux et charmant sourit a la douleur.
La mort fait la coquette et prend un ton de reine,Et son front seulement sous ses cheveux d'ebene,Comme un charme de plus garde un peu de paleur.
Les emaux les plus vifs scintillent sur les armes,L'albatre s'attendrit et fond en blanches larmes;Le bronze semble avoir perdu sa durete.
Dans leur lit les epoux sont arranges par couples,Leurs tetes font ployer les coussins doux et souples,Et leur beaute fleurit dans le marbre sculpte.
Ce ne sont que festons, dentelles et couronnes,Trefles et pendentifs et groupes de colonnesOu rit la fantaisie en toute liberte.
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